C’est un théorème décliné comme une vérité qui se révèle pourtant de moins en moins vraie : les garçons ne dessinent pas de la même manière que les filles. Aussi pourrait-on voir rien qu’à la façon de représenter les choses si son auteur est du genre féminin ou masculin. Une illustratrice me le dit un soir : tu ne dessines pas comme une fille. Elle-même dessine comme son mari…

Stéphane m’écrit un jour  pour me dire que son enfance a été bercée par mes dessins dans son magazine favori et me demander des conseils sur son travail. Outre le fait qu’il me projette dans le clan des aïeux, je comprends qu’il se paye ma fiole : je ne vois pas comment un garçon pourrait dessiner des filles aussi kawaï, aussi shojo, autant de fanfreluches, de dentelles, de paillettes, de bouclettes, de choses aussi mignonnettes. Je connais des Stéphanie qui, par coquetterie, oublie leur i. Je ne suis pas dupe, avoue Stéphane, je t’ai percée à jour.

Stéphane ne s’en offusquera pas. Il ne comprend pas pourquoi je dis ça.

Stéphane deviendra le spécialiste de la petite princesse ou de la fée à yeux de bambi.

Stéphane est bien un garçon, je l’ai rencontré depuis. Il aime juste dessiner des fanfreluches. Des tonnes de fanfreluches.