Il devait avoir douze ou treize ans, il venait de voir ce film où elle tenait le premier rôle, elle avait son âge. Il en était tombé instantanément amoureux.

Il avait lu le nom du scénariste sur l’affiche, il lui avait écrit. Probablement étonné de recevoir un courrier d’un si jeune spectateur, celui-ci l’avait invité à le rencontrer. Il y est allé. Dans son appartement parisien, la jeune actrice était présente, avec sa mère et une réalisatrice célèbre. Il n’a pas osé lui parler. Son hôte, par contre, lui dit plus tard qu’il avait tapé dans l’oeil de la cinéaste, elle songeait à lui pour le premier rôle de son prochain film, avec celle qu’il aimait aussi.

La maman de la jeune actrice le convia même à son récital à l’Olympia. En plein concert, elle descendit de scène et passa parmi le public tout en continuant sa chanson. Elle l’aperçut, vint jusqu’à lui et le serra dans ses bras.

Malheureusement, le film, son film à lui ne se fit que dans sa tête. La cinéaste confia le rôle titre à son fils et il n’obtint qu’une prestation de figurant. C’est lui, l’ado qui boude dans son coin pendant la fête. On voit dans le film même, toute sa déception et son amertume, brièvement.

Dans la voiture de la réalisatrice qui le raccompagnait à la gare, il ne décrocha pas un mot en l’écoutant lui dire que depuis le début, elle avait écrit le scénario pour son fils mais elle ne le savait pas. Ce fils, à ses côtés, ne savourait même pas sa chance, ne parlant que de jeux vidéo, il le trouva gâté,  pourri, capricieux, illégitime.