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journal intime universel

Camille Becquet

Mois

mars 2015

Mal branlés

La petite fille est de mauvaise humeur. Lorsque l’infirmière passe devant elle, elle lui lâche :” Toi t’es moche !”. L’infirmière revient une minute plus tard et l’informe : “C’est moi qui vais te faire passer la radio.” C’est elle qu’on entend s’époumoner depuis un quart d’heure. L’insolence a son prix.

Mal branlés

Au bout de combien de minutes de hurlements assourdissants cesse-t-on d’imposer un examen médical à un enfant ?

Mal branlés

Cette course sans fin dans le labyrinthe des couloirs interminables, à la recherche des ordonnances manquantes, où l’on doit faire preuve d’ingéniosité pour s’adresser à la bonne personne qui vous délivrera les laissez-passer : ne serait-ce pas une course au trésor ? Dont le jackpot serait un dos tout droit.

Mal branlés

La salle d’attente est terrible, impitoyable. Difficile ici de ne pas jouer les comparaisons. On ne peut s’empêcher de penser que si nos enfants sont mal branlés, au moins ils fonctionnent. Combien ici semblent absents, des coquilles d’enfants vides à l’intérieur, petites machines secouées de spasmes nerveux et de cris répétitifs qui tournent en rond. Un enfant de traviole ou un enfant vide ? Que vaut-il mieux, l’ado boudeuse qui parle mal à sa mère devant moi ou celui qui se balance frénétiquement mais suit docilement celle qui l’appelle ? La petite fille qui hurle toutes les cinq minutes ou celle qui refuse de s’asseoir sur une chaise ? Les heures de retard semblent interminables…

Mal branlés

Attendre deux heures parce qu’il vous a oublié, tout ça pour s’entendre promettre une opération digne de “Bienvenue à Gattaca”, seul un chirurgien pour enfants en est capable. Homme-médecine pas diplomate.

Mal branlés

Les enfants ne poussent pas droit. Heureusement pour les remettre d’aplomb, on dispose de tout un arsenal d’instruments barbares.

Le dessin comme arme de séduction massive

C’est un théorème décliné comme une vérité qui se révèle pourtant de moins en moins vraie : les garçons ne dessinent pas de la même manière que les filles. Aussi pourrait-on voir rien qu’à la façon de représenter les choses si son auteur est du genre féminin ou masculin. Une illustratrice me le dit un soir : tu ne dessines pas comme une fille. Elle-même dessine comme son mari…

Stéphane m’écrit un jour  pour me dire que son enfance a été bercée par mes dessins dans son magazine favori et me demander des conseils sur son travail. Outre le fait qu’il me projette dans le clan des aïeux, je comprends qu’il se paye ma fiole : je ne vois pas comment un garçon pourrait dessiner des filles aussi kawaï, aussi shojo, autant de fanfreluches, de dentelles, de paillettes, de bouclettes, de choses aussi mignonnettes. Je connais des Stéphanie qui, par coquetterie, oublie leur i. Je ne suis pas dupe, avoue Stéphane, je t’ai percée à jour.

Stéphane ne s’en offusquera pas. Il ne comprend pas pourquoi je dis ça.

Stéphane deviendra le spécialiste de la petite princesse ou de la fée à yeux de bambi.

Stéphane est bien un garçon, je l’ai rencontré depuis. Il aime juste dessiner des fanfreluches. Des tonnes de fanfreluches.

Le dessin comme arme de séduction massive

J’ai tout essayé : dessinateur dans la pub, dessinateur dans la presse, dessinateur pour livres jeunesse, dessinateur de bande dessinée, character designer en animation. J’ai même fait roughman. Chaque fois je me demande quelle sera la prochaine étape, quel domaine n’ai-je pas encore épuisé ? L’actualité me vient en aide, j’ai soudain trouvé un champ d’investigation à creuser qui ne soit pas bouché : on cherche désespérément des dessinateurs à Charlie Hebdo.

Le dessin comme arme de séduction massive

Tout le monde y va de sa diatribe sur ce forum, les albums s’y font démonter, Untel est surnommé « Vous-savez-qui » ou « Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom » car aussitôt que son patronyme est cité, il dégaine la dialectique incisive. Un jour c’est mon tour, je ne sais pourquoi je réponds à celui qui se moque, pas si méchamment au fond. Bien m’en a pris, le lendemain, nous nous réconcilions autour d’un verre. Sur ce, je le présente à mon meilleur ami, ils vont s’installer dans le même atelier, fonder un magazine, réaliser des dizaines d’albums, créer des labels et des connections… La vie est bien faite et pleine de surprises.

Aujourd’hui, plus personne n’habite la même ville et se contente de se souhaiter les anniversaires sur Facebook.

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