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journal intime universel

Camille Becquet

Mois

avril 2015

Mal branlés

Juste avant Gattaca se déclare mon rhume des foins. Les piafs ne se sont pas remis à chanter pour autant la nuit, mais je viens de lire que nous avons perdu quatre millions d’oiseaux en trente ans, les miens n’ont pas dû passer l’hiver. J’évite de penser à ceux que ramène le chat, je me sens écologiquement coupable. Je pars tous les matins pour Gattaca, en pleurs sur mon vélo parce que les arbres me tirent des larmes. Et j’essaie de faire croire à l’adolescente que c’est l’émotion. Ou bien je me cache derrière ces larmes de foin pour dissimuler les autres.

Mal branlés

Prénoms

L’infirmière du matin qui l’appelle ma belle s’appelle elle-même Kelly. Avec son père, on se demande quelle série sa mère a pu regarder pour la prénommer ainsi. J’opte pour “Drôles de dames”. Kelly Garrett, c’était la plus jolie. Il dit non, c’était Sabrina la mieux. On cherche pendant un quart d’heure le prénom de la blonde qui finit par me revenir. Jill. Il dit c’est moche. Je ne trouve pas. Ça ressemble à un prénom masculin. Sa compagne de chambrée qui semble dormir si paisiblement s’appelle Florence-Aurore. Le service de surveillance continue est le même que celui des grands brûlés. On vient lui installer sa pompe à morphine.

Adolescente

C’est curieux de croiser dans le quartier d’anciennes petites filles devenues adolescentes, longues sur pattes, celles qui se battaient en maternelle pour avoir le privilège de vous tenir la main pendant les sorties scolaires et qui désormais vous ignorent souverainement.

C’est troublant de les voir soudain, toutes de noir vêtues, y compris le voile.

Adolescente

Elle se découvre un sang rare. Aussitôt me voici reniée. Suis-je vraiment sa mère, avec mon rhésus ordinaire qui ne coincide pas avec ses théories de transmission génétique ? Je suis sommée de prouver ma maternité. Sang rare, sang bleu, on n’en est pas loin. Je peux aller me rhabiller avec mon pedigree plébéien.

Pendus au téléphone

Florence annonce fièrement sur son Facebook qu’elle vient enfin d’avoir un portable et même son frère s’en étonne. Sa mère surenchérit, oui mais elle a si bien travaillé et est admissible au concours, elle le mérite. Aussitôt tous ses amis lui réclame son numéro.

Derrière son ordinateur, Florence sourit. Nous sommes le 1er avril.

Viviane et moi

Viviane et moi

Je n’ai pas trouvé de clichés de Vivian Maier sur un vide-grenier mais de Viviane tout court. Mon amoureux trie des photos à mes côtés lorsqu’il me tend un lot de clichés : “Tiens, ça va te plaire, c’est un peu la version féminine d’Olivier.” Même scénario que pour Olivier, j’ai du mal à trier, je veux tout et j’abandonne à Marcel une somme un peu trop ronde pour l’usage que j’en aurais, mais j’ai décidé sitôt que je l’ai vue que Viviane serait, à l’instar d’Olivier, ma grande sœur. Je n’ai pas de photographie de ma vraie sœur, et pour cause, elle est morte à la maternité. Viviane a la charge de la remplacer. Je suis heureuse d’avoir ces souvenirs où la farceuse Viviane fait ce geste inimitable de la petite fille drôle qu’elle était.

Viviane est devenue une jolie adolescente. Je n’ai pas de clichés d’elle adulte. Peut-être étaient-ils dans la caisse du vendeur, je ne l’ai pas reconnue. Mon histoire avec Viviane s’arrête avec ses douze ans.

Mal branlés

Quelle ironie, son t-shirt imprimé avec le squelette d’une cage thoracique parfaitement d’aplomb !

Kinorama

Il travaille dans la bd mais ne me parle que cinéma. Il aime Rohmer, Bergman, « Nouvelle Vague », « Les contes de la lune vague après la pluie ». Il écrit un moyen métrage. Il me tire une fois les tarots, il croit au Yi-Qing. J’admire son clap de réalisateur sur lequel est écrit « La grande vadrouille ». Il me le propose avec un tel détachement que je soupçonne aussitôt que ce soit un faux. Je décline son offre, je crains bêtement que ce soit un cadeau intéressé. Alors que depuis toutes ces années, il ne m’a jamais fait du pied. Contrairement à toutes mes copines, qu’il a systématiquement draguées.

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