Boulimie

Adolescente, j’ai tout lu comme on se goinfre aveuglément, goulûment, voracement. Une boulimie de livres que rien n’arrêtait, classiques de préférence. J’ai lu toute la Recherche, tout Balzac, Colette, Sand, Maupassant, Stendhal, Zweig, Tchekhov, j’ai lu Céline, Vian, le nouveau roman, l’imbitable Beckett, l’ennuyeux Ionesco, l’incompréhensible Joyce. De quoi ça parle ? Qu’est-ce que je préfère ? Aucune idée. J’ai tout dévoré en boulimique, pour le plaisir de dire un de moins, celui-là c’est fait, pour l’arrogance de le ranger dans la bibliothèque et l’ajouter à une longue liste de livres incompris, avalés, mal digérés. Voilà, je n’ai plus qu’à repartir à zéro. Recommencer. Et apprendre à mâcher cette fois-ci. Puis savourer.