L’écriture comme arme de séduction massive

D’une manière très cérémonieuse, il me tend ma copie et marque un temps de silence, une respiration, un soupir de musique . Il se penche nipponnement mais ne me cède pas mon devoir tout de suite.

“Mademoiselle, je dis cela rarement mais vous écrivez très bien.” (si je vous jure, il a dit ça !)

Je rougis évidemment, tous les regards sont soudain rivés sur moi. Je sens une tension dans l’atmosphère, un mélange de curiosité et d’envie. Son éloge me semble trop appuyé, ici les élèves qui se font remarquer portent un sceau infâmant. Il me rend enfin ma copie : 9/20. Je n’en reviens pas de comment il s’est foutu de ma gueule. Vous n’avez rien compris mais c’était bien tourné. Vous écrivez correctement, mais ça n’a pas donné de sens au final. C’était bien la peine de me passer la brosse à reluire, ce que je veux c’est du concret et ses compliments, ça me fait comme une belle jambe.

Sitôt sortis du cours, une élève, celle qui ressemble à Corinne de Téléphone avec l’air tout aussi aimable, me demande la permission de me lire. Je ne vois pas comment refuser sans lui déclarer la guerre. Elle me rend ma copie après le repas, sans un commentaire, esquissant un sourire que je trouve narquois. Jalouse, j’ai pensé. De toutes façons, j’ai toujours estimé qu’hypokhâgne rimait avec bagne. J’ai tenu trois mois.