Rosa rosas rosis (dans le désordre)

Lors de l’inscription le monsieur a demandé : “Lettres classiques ou lettres modernes ?” puis devant mon air interloqué : “grec ou latin ?”

Vu que je n’avais étudié ni l’un ni l’autre, ça commençait bien.

J’ai donc suivi le cours de latin pour débutants de Mr Touchefeu, avec sa manie touchante de trébucher sur les syllabes tout en feignant de tousser dans son poing. On l’a surnommé Touchefeufeu.

Je me suis vite fait remarquer dans son cours.

Pas vraiment parce que j’y brillais.

Chaque fois qu’il m’interrogeait, Mr Touchefeu désespérait devant la lenteur de mes réponses, m’observant laborieusement réciter mentalement la déclinaison de rosa avant de sortir un datif approximatif. Il finissait par éclater de rire et évitait soigneusement de m’interroger la fois suivante pour ne pas trop ralentir les apprentissages.

Ca c’était la première année. Attention, deuxième année, tout change ! J’ai décroché l’arme ultime, le St Graal du poil dans la main : les corrigés de TOUTES les versions du cours que mon amie Valérie a suivi l’année précédente. Au départ, j’ai bien fait semblant de chercher mais je suis vite tombée dans l’addiction. En cours, j’hésite un peu, je tâtonne vaguement mais je suis toujours là pour débrouiller les traductions les plus délicates. J’ai décroché le gros lot. Touchefeu m’adore, je suis sa préférée, sa Becquet-béquille. Il est certes souvent déçu par mes résultats aux examens. “Ah, vous n’étiez pas très en forme Melle Becquet !” “J’avais la grippe Mr Touchefeu.”

Je ne me souviens absolument pas quelles notes j’ai décrochées aux examens terminaux mais j’ai passé une super année.