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journal intime universel

Camille Becquet

Mois

juin 2015

Nager

Je me fais immanquablement avoir toutes les semaines. Mon esprit divague, je pense à tout et n’importe quoi sauf au constat douloureux que ma ligne n’est pas infinie. Vient alors le moment cotonneux où on entend des otaries et les lumières vacillent. La bosse se rappelle ensuite à moi toutes les longueurs. Je freine donc systématiquement cinq mètres avant l’arrivée, me retrouvant bêtement à flotter à mi-chemin ou à pédaler lamentablement dans un mètre d’eau. Les maîtres nageurs doivent bien se marrer s’ils m’observent.

Je suis souvent émerveillée au-delà du raisonnable par la faculté d’adaptation, la vivacité d’esprit, le raisonnement mature de mes enfants, mais je n’en dis rien. Je dis : c’est quoi encore cette faute d’orthographe ?

Adolescente

J’ai l’oreille bouchée, à quoi ça sert que je parle plus fort ?”

J’ai perdu

J’ai perdu ma veste bleue adorée ce ouik. Si vous la voyez, elle a ce beau bleu pas complètement marine, ni nuit, ni pétrole, bon bref un bleu si chic, c’est la mienne soyez gentil de me la rapporter, quoi. L’adolescente pense que sûrement, vu qu’elle est so chic, c’est Scarlett qui l’a trouvée, et elle est si chic qu’elle la portera aux Oscars. Comme ça je pourrai la voir une dernière fois.

vernissage Philippe Dumez

Dans la rue

Un vieux fou, échevelé et grisonnant trace la route. Il tient contre son visage un appareil étrange. Un masque à gaz. De quelles tranchées débarque-t-il, celui là ? Plus loin, un homme à peu près du même âge, tout de noir vêtu. Il porte en accessoires une écharpe de soie blanche et un casque audio. Il chante assez fort.

Yin et Yang. L’optimiste et le fataliste dans la même rue.

Mon ennemi intime

Coincée à l’avant toute l’après-midi sans gilet de sauvetage alors que je ne sais pas nager. SN211010, toi et moi, on ne s’est jamais aimés. J’ai toujours imaginé que la barre allait lâcher, que je basculerais , que tu m’avalerais bien vite en prenant bien soin de me hacher menue avec ton moteur à pleine puissance.  Du bel appât à maquereaux, tiens !

J’ai perdu :

les clefs de ma chambre d’étudiante dans un bus. Je les ai retrouvées aux Objets (re)trouvés.

mon portefeuille dans un bus. Je l’ai retrouvé au commissariat.

mon porte-monnaie dans une cabine téléphonique, je m’en suis aperçue très vite mais la personne qui est entrée après moi se l’était déjà approprié.

ma carte bleue à un distributeur automatique. Je crois. Je n’ai pas trop su.

un t-shirt vintage jaune en éponge que je venais d’acheter sur un vide-grenier. Je suis allée aux Objets Trouvés pour enquêter, personne ne l’avait rapporté. C’est vrai qu’il était chouette. Je l’aurais trouvé je l’aurais gardé.

mon bonnet sur une banquette de métro. Je ne suis pas allée enquêter.

la foi

ma virginité avec un garçon qui comptait

mes illusions

le mojo

mon envie de dessiner

ma soeur

le contact avec un nombre conséquent d’amis

son amour parfois

où ai-je la tête ?

Choses qu’enfant, je trouvais chic

n’avoir qu’un seul prénom

être un garçon

être gaucher

jouer de la guitare (pour gaucher)

chanter juste

être premier de la classe

acheter ses vêtements ailleurs que dans les hypermarchés

monter à cheval

avoir un chien colley comme Lassie

voyager en avion

habiter la grande maison en toît de chaume tout en haut de la colline

fumer des cigarettes en chocolat

être la meilleure copine de Marie-Hélène Pauly

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