Recherche

journal intime universel

Camille Becquet

Mois

octobre 2015

Il me disait : “ Si, je sais faire, mais mal.” On pouvait y entendre un peu de fatalité et l’envie me poussait de l’encourager à ne pas toujours écouter les autres.

Cela me rappelait cette scène, où j’étais entrée chez un commerçant pour demander mon chemin. L’épicier hésitait, une dame très âgée est intervenue pour m’indiquer la rue. Le commerçant s’est emporté. “Ah, ne l’écoutez pas, elle est vieille !”.

La dame est repartie en courbant l’échine et je l’entendais encore marmonner pour elle-même. “C’est vrai, je suis vieille.” Avec la fatalité lourde de toutes ses années sur ses épaules.

Et c’était une des choses les plus tristes que j’ai entendues.

Prénom

Lorsqu’on demandait son nom à ce charmant petit garçon, il répondait :

Je m’appelle Ange mais je n’en suis pas un.”

Dans la rue

Ce dont je me souviens bien, c’est ma mère m’expliquant : “ Si tu la veux, tu devras la demander à tes grands-parents.” C’était sûrement la pire réponse que je n’avais même pas envisagée. Réclamer de l’argent. Mendier en sorte. Comme lorsqu’on nous obligeait, sous prétexte de bonnes oeuvres, à aller vendre des calendriers de porte en porte boulevard Laënnec, ma mère finissait toujours par financer les invendus, la grande timide que j’étais n’atteignait jamais le quota minimum. Mais voilà, zéro argent de poche, zéro option. Et pourtant, ce fut plus facile qu’escompté. Ils ont écouté, regardé le modèle sur le catalogue, signé le chèque sans broncher. Sans commentaires, sans questions. Un silence qui me pèse encore, qui voulait dire : zéro option. Comment pouvaient-ils refuser ?

Ce fut la plus belle du parc à vélo du lycée (selon moi). J’aimais le luxe des clignotants et sa couleur flambant rouge. Je suis tombée deux fois, une portière et des poules un peu folles. Je porte toujours la cicatrice au genou.

Les bras m’en tombent de la voir ce matin. Punaise, ma mob ! A Paris ! Je soulève le siège pour lorgner ce qui s’y cache. Elle a perdu ses luxueux clignotants. Je crois que ma mère l’a vendue à un monsieur qui souhaitait l’acheter pour son père âgé. Plus de quarante ans qu’elle roule. Je doute que ce soit la mienne pourtant.

Amis

On dit « prêter main forte ». On peut aussi prêter mitaine douce.

J’aimerais bien pouvoir chanter comme lui.” disait l’homme avec la plus belle voix au monde.

Apprendre à patiner

Tranquille sur le parvis, même pas à toute berzingue. Un enfant crie le prénom de mon petit comptable, je détourne la tête, n’avisant donc pas la disparition du pavé juste devant ma roue. Ma patinette bascule à 45 degrés, je ne me retiens même pas, m’assommant devant tout le centre aéré qui défile. Un centraérien s’exclame : « Oh la louse ! »

Je me demande

Je me demande si à l’âge de 80 ans, j’irai moi aussi en déambulateur poster mes lettres ou si je m’en servirai uniquement pour me mener devant mon ordinateur pour envoyer mes mails.

Quel beau mariage ! Les épousés s’embrassent dans la mairie sous la fresque allégorique où deux hommes nus se roulent une pelle langoureuse. Promesse de bonheur et félicité. La famille immortalise la scène sur leurs portables, feignant de ne pas remarquer le feu sous le marbre.

Adolescente

Ils m’énervent, les bébés.”

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑