Bien entendu c’est la première qui est difficile. Ce n’est pas insurmontable, ce n’est pas aussi désagréable qu’on l’appréhende. C’est juste une histoire de coup de main, de respiration et beaucoup d’attitude. Je me laisse facilement tenter par les mentholées, même si je rêve plutôt de ces longues tiges fines aux papiers délicatement colorés, pâles pastels aux filtres dorés qui me paraissent luxueux et extraordinaires. J’aime l’acte artistique, le plaisir m’étant encore étranger. Je me contenterai des Chesterfield. Je range mon paquet dans le tiroir, je n’en extrais une qu’exceptionnellement que je fume longuement à la fenêtre. Très vite je sais faire des ronds de fumée. Le paquet diminue lentement, il ne faut rien précipiter. Puis mes deux amis viennent dîner et sont à court. Je sors le paquet. Félons ! Ils le vident d’un trait, cigarettes sur cigarettes qui partent en fumée. Deux gloutons illégitimes qui gâchent mon projet artistique et brisent ma carrière de fumeuse.