Dim Sum – 15 rue Manuel 75009 Paris

Nous avons vu Manuel en concert confidentiel dans une boutique de la très tendance rue Trudaine et nous cherchons un endroit où nous restaurer, il est déjà question d’un petit bar à raviolis dans le coin. Nadia se souvient que le quartier n’était pas si branché à l’heure où elle fréquentait le lycée Lamartine. Juste avant de trouver le fameux bar, nous croisons la rue Manuel. Et si on conviait plutôt Manuel rue Manuel où justement une cantine à raviolis à la devanture plus rouge que celui de la Chine communiste nous fait de l’oeil ?

On commande les menus vapeurs, où Shanghai se mêle à Hong-Kong, où on peut aussi manger du coin-coin. Y en a même qui se laissent tenter par la sélection du chef dont on ignore la nationalité puisque nous ne le verrons jamais. Il n’est pas venu s’enquérir de notre satisfaction comme le chef de chez Sara qui avait discuté architecture avec mon ami Stéphane avec qui je déjeunais.

Le personnel est aimable et dévoué. Les paniers arrivent, c’est joli, mon Shanghai ressemble à de petites bourses à la teinte vert d’eau qui sied bien à la châtaigne du même élément qu’il contient. Nadia s’aperçoit que c’est la première fois qu’elle mange avec le comptable, il a droit de faire un voeu. Flûte, rien pour moi, j’ai déjà fait mon baptême culinaire avec les deux.

Ma fille et son père portent tous deux des bracelets qui leur permettent d’espérer qu’à l’heure où ceux-ci se déferont par usure, ils pourront eux aussi être exaucés dans les souhaits qu’ils ont dû formuler en cachette, attendant le moment propice à leur réalisation. L’adolescente les a consciencieusement défaits un à un juste avant son opération puis les a renoués plus tard, ne pouvant d’un coup de ciseaux se résoudre à abandonner tous ses voeux aussi cliniquement. Ils sont repartis pour un tour, l’hôpital Trousseau ne les a pas annulés. Son père porte souvent ceux en plastique des festivals, je me demande bien si ceux-là se décideront un jour à tomber, il faut compter sur une défaillance de l’attache sans quoi ils continueront certainement à me griffer, gommant toujours la tendresse d’un geste.

Je n’ai pas besoin de bracelets ou d’occasions pour faire des voeux, je ne me gêne pas pour les formuler toute seule. Un jour j’ai adopté la méthode que j’appelle Miranda July. Il suffit de faire son souhait, de serrer le cul très fort et de penser “Vatefairefoutrevatefairefoutrevatefairefoutre”. Il s’est passé exactement ce que j’avais espéré, les mauvais esprits se sont évanouis. Comme quoi, c’est pas compliqué.

Heureusement, le duo marin arrive en retard avec sa délicieuse forme de fortune cookie fumant. Chic alors, j’estime dès lors que j’ai droit à un voeu.

L’endroit est cependant dépourvu de toilettes, alors comme on dit, il vaut mieux prendre ses précautions avant, à la suédoise.