Comprenez mon désarroi : je m’aperçois au bout de douze années de résidence dans le quartier que mon dépanneur informatique ne s’appelle pas Tony mais Tomy. Vas-y la méchante surdité latente. Mes oreilles viennent de se déboucher après une demi-heure passée dans sa boutique en plein milieu adolescent. Au début, je me suis étonnée de ce que Tomy- donc – fasse travailler quelques grands fauves. J’en vois un qui époussette les étagères de l’arrière-boutique. Je le trouve un peu gonflé. Je pense qu’en échange d’une ou deux heures de jeux en ligne, ça vaut pas. Jusqu’à ce que Tomy décroche son portable et dise :

Allo, stagiaire numéro trois ?”

C’était donc uniquement de la charité. Cet homme est un saint. Sourd d’ailleurs, sinon ce n’est pas humain. Une chose est claire, stagiaire numéro trois ne viendra pas aujourd’hui, il a des trucs à régler avec la préfecture. Comme hier déjà.

J’ai donc appris pendant cette fructueuse demi-heure que certains lycées n’enseignent que des trucs de “bonhomme”, que Sammy doit rappeler sa maman, que Eddy-du-karaté est devenu un immense ado taiseux qui fait semblant de ne pas me reconnaître et que le vieux monsieur qui a poireauté vingt minutes reviendra parler à Tomy quand il y aura moins de monde, parce que son projet, ça implique Facebook et que Mark Zuckerberg est déjà sur le coup. Il lui a demandé de le rappeler immédiatement, et même avant (sic).

Oui oui, rue Plichon, Paris 11ème. Je te crois, vieux…

Tomy doit se les farcir de l’adolescence à la sénilité. Un sacerdoce.