Sur le chemin qui me mène à l’atelier de bon matin, j’ai croisé une Alice qui ne voulait pas se rendre à l’école. On la comprend, il faisait tôt et frais, les feuilles dans le caniveau l’appelaient à jouer, on en aurait eu aussi peu envie. Dès lors, le duel s’est installé. Les deux parties adverses se sont séparées en un temps indéfinissable, tendu par des volontés contraires. Qui cédera ? Je compte jusqu’à trois. Un et deux tombent vite, ne restent bientôt que les 2 et demi, les 2 trois quarts. Il me semble que ce sont toujours les mêmes qui flanchent et courent en pleurant rejoindre les mamans victorieuses, de si peu (un quart), en route vers l’école pour dénoncer Alice, qui ne veut pas venir en classe ce matin. Je me suis toujours demandé ce qui se passerait si Alice restait plantée toute la matinée sur le trottoir, les moufles dans sa parka et la capuche couvrant sa mine contrariée.

Plus loin, j’ai croisé les parents d’une autre Alice qu’ils avaient abandonnée dans sa classe, libres maintenant de consommer un café au bistrot du coin. Heureusement qu’il reste encore des enfants bien dressés.