Mon pépé, parmi ses activités manuelles, adorait repeindre les volets de sa maisonnette. On arrivait le mercredi matin et on sentait bien que quelque chose avait changé. Un coup de frais. Car jamais le pépé ne dérogeait à la couleur verte. A la rigueur lui accordait-il une teinte différente, un peu plus bleue parfois, légèrement plus jaune une autre. Mais vert à jamais. Il m’arrive de passer encore devant cette maison, vendue à d’autres depuis bien longtemps. J’hésite parfois à la reconnaître. Il faut bien l’avouer, sans ses yeux verts, ce n’est plus la maison de mon pépé.

Mon frère aussi n’aimait que le vert. Et moi qui le détestais. Si l’on nous offrait le même pyjama ou le même pull, je regardais avec pitié sa version chou et me réjouissais qu’on m’ait offert l’orange chatoyant. Je n’aime toujours le vert qu’avec parcimonie, comme si ce peu d’attirance primale restait gravé dans mon goût et mes choix. Si ce n’est dans mon assiette ou pour les plantes où la chlorophylle est toujours bienvenue.

Avant de m’endormir, lorsque je ferme les yeux, je vois des associations de couleurs, auxquelles je n’aurais sûrement pas pensé dans la journée. J’ignore pourquoi mon cerveau me les montre. Je me demande si un moi inconscient n’essaie pas de me souffler que je suis sur une fausse route, avec mes éternels oranges et mes combinaisons longtemps éprouvées. Je me dois d’admettre que les propositions sont aussi surprenantes que flatteuses. J’essaie de retenir la leçon, hélas au matin mes yeux ont tout oublié, ne me reste plus qu’à espérer le soir pour en apercevoir d’autres, plus audacieuses encore, qu’au matin j’aurai à nouveau oubliées. Quelle pauvre cervelle j’ai.

Une nuit, j’ai rêvé d’un bleu qui n’existait pas. Un bleu irréel, venu d’ailleurs, d’une autre galaxie peut-être? Impossible à retranscrire et pourtant si présent encore à mon réveil. Est-ce étrange de rêver de couleurs ? Je suppose que certains, autrement faits que moi,  doivent rêver de notes de musique, de mélodies, d’accords inédits. Sûr que tout cela m’est étranger, sourde que je suis au nectar des oreilles.