Objet 2

Un mot plié en deux, format A5 (approx.), écrit par Madame Huguette Thomassin, sur papier machine à l’encre noire.

Madame Thomassin habitait en face de chez nous. Elle eut un petit épagneul blanc et roux, puis un chat tigré tout en longueur un peu timide que l’on appelait Copain. Copain fut pris d’envie de poudre d’escampette et Huguette se morfondit. Elle ne voulut pas afficher d’avis de recherche, prétextant ne pas avoir le téléphone. Etait-ce vrai ? Avait-elle peur qu’on lui demande une rançon ? On bricola une affichette avec notre propre numéro de téléphone, bien nous en prit, quelqu’un appela pour signaler le chat terré au fond d’une cour voisine depuis des jours. Je portai son chat à Madame Thomassin en cognant à sa fenêtre (puisqu’elle n’avait pas le téléphone). Le lendemain, elle vint avec une amie en renfort pour nous porter ce petit mot de remerciement et une bouteille de crémant (qu’elle ne voulut pas partager avec nous).

J’habite des lieux parfois suffisamment longtemps pour voir les personnes âgées les quitter. Je trouve toujours une bonne âme dans l’immeuble (enfin surtout Mme D.) pour me dire ah oui, Mme Thomassin a été placée dans une maison, c’est moche elle commençait à perdre la tête. Ou, elle sentait un peu, non ? Nous n’avons jamais su ce qui est advenu de Copain (ni son vrai nom).

La délicieuse vieille dame qui habitait au dessus de chez nous (qui inondait parfois Mr B.) a également quitté son logement, les quelques marches du hall (celles que l’on maudit chaque fois que l’on fait les courses avec le caddie) lui étant devenues impossibles à monter. Le vieux monsieur qui habitait le rez-de-chaussée d’en face ne ferme plus ses volets tous les soirs, on y voit défiler locataires successifs. La vieille dame en bleu qui prenait l’air tous les jours devant l’immeuble a cessé de le faire.

Il arrivera un jour où je serai moi aussi dans cet immeuble cette vieille Madame Becquet qui parlera à tort et à travers, qui peinera à monter son caddie écossais, dont on dira elle ne sent plus très bon. Et je tâcherai de monter dignement les 6 marches qui me maintiennent encore ici.