Objet 4

Un ours en peluche.

Couleur indéfinissable, entre le gris serpillière et le beige où l’on perçoit le souvenir d’un rose enfui.

Hauteur 27 cm

Répond au nom de Tintin.

Premier grand amour. Comme les dents de ses enfants, impossible de s’en séparer.

Il écume mes placards, assoupi dans un papier de soie, telle une Belle au bois dormant.

Bientôt, quand tout enfant aura déserté le logis, je lui donnerai la place qu’il mérite, celle qui a toujours été la sienne, au fond de mon lit. Il aura son oreiller, sa table de chevet, sa pile de livres. Parfois, nous partagerons le petit déjeuner dominical, peut-être même l’emmènerais-je en douce au cinéma.

Il n’aura rien à redire, me trouvera formidable, pétillante et tellement drôle.

Je lui lirai tout Proust avant de nous endormir dans les bras l’un de l’autre. Il aura une belle garde-robe qui tiendra dans un petit tiroir de commode, car il est ainsi mon Tintin, discret, pas exigeant ni encombrant. Je me demande comment j’ai pu l’oublier, en aimer d’autres…

Je regardais hier la photo d’un ours en peluche si râpé qu’on doutait qu’il ait eu un jour une fourrure. La personne qui postait le cliché écrivait qu’elle avait vu l’ours dans une brocante et qu’elle avait regretté de ne pas l’avoir acheté. Repassant quelques mois plus tard devant la boutique, l’ours l’attendait sagement dans la vitrine. Une si belle histoire d’amour qu’on en douterait qu’elle fut vraie.