Objet 6

Les jumeaux.

Très vite, celui-là fut l’élu de son cœur, aussi fallut-il se dépêcher de faire l’acquisition d’une copie, afin de remplacer l’autre le temps d’un tour de manège dans le lave-linge qui n’arriva jamais à vaincre la boîte à musique contenue dans l’animal. Bien entendu, il ne fut pas longtemps question de doublure, puisque de toute évidence le remplaçant était du sexe opposé.

On a longtemps trouvé chez cette petite fille une tendance à la séparation fille/garçon.

Et puis plus.

Le genre est devenu une question centrale mais ouverte, floue, multiple, hors frontières. Hétérosexuel, c’est trop simple, trop banal.

Finis Petit Ane et Petite Anesse.

A nous les combats LGBT(+), les Stockholm Pride, Ru Paul drag race, Bianca del Rio, Trixie Mattel et autres Shea Couleé. L’ouverture sur un monde des possibles bien plus amusants que les modèles standards, Alice au pays des merveilles identitaires.

Je me souviens du choc émotionnel provoqué par le 1er clip de Dépêche Mode que je vis à la télévision française, « Shake the disease ». Je ne pouvais détacher mon regard de l’étrange Martin Gore, qui arborait pourtant à l’époque une coiffure champignon/mouton des moins sexy. En le regardant, j’ai dû penser quelque chose d’aussi profond que « Waoh ! ».

Je n’avais jamais rencontré de garçon comme lui.

Comme ma fille, j’aime la rupture des genres. J’ai déjà eu un coup de foudre pour un garçon qui était en réalité une fille.

Je lui ai transmis le goût des chevaliers d’Eon, des mesdemoiselles de Maupin, les princes Saphir et les ladies Oscar, les garçons aux cheveux peroxydés et les filles aux cheveux courts.

Les jumeaux font partie d’une même belle âme scindée, deux âmes soeurs ou frères.

Cette belle âme chante toujours.