Objet 7

Une grosse pochette rose saumon, textes vert olive sur la couverture. Une étiquette collée en haut à gauche sur laquelle sont imprimés des renseignements administratifs. 2 agrafes, bords déchirés en haut et en bas sur la tranche. Contient un bon nombre de livrets et bulletins.

Un vieux dossier. Un manuscrit de mon histoire personnelle, une biographie officielle de 3 à 17 ans, écrite pendant toutes ces années par un nombre conséquent d’enseignants, de Soeur Yvonne à Yvette Lecorguillé.

Le dossier contient non pas une histoire réécrite par les souvenirs ternis d’indulgence mais des faits et chiffres réels bien concrets, souvent implacables pour dresser le portrait d’une élève somme toute assez médiocre.

J’entretiens auprès de mes enfants la légende d’une élève brillante qui ne s’ennuyait jamais, légende évidemment démentie dès lors qu’on parcourt les bulletins et les notes pas toujours au top. Je suis bien loin du tableau d’excellence que j’exige d’eux.

Pour le faire rire, je raconte parfois à mon fils mes performances mathématiques de 3ème. La professeure, qui m’avait à la bonne (elle avait pitié) m’avait demandé au sortir d’un contrôle particulièrement ardu si je pensais l’avoir réussi. Qu’elle se rassure, lui répondis-je, j’étais assez confiante et pensais avoir bien compris la leçon : 4/20. Fait ce qu’elle peut mais n’y arrive pas. Rires assurés.

Mon heure de gloire n’arriva qu’au bac, mais quelle victoire : 17/20, coefficient 4. Et bim ! Entre temps, il faut croire que la leçon avait fait son chemin.

L’école, c’est comme le cheval. Une fois sortie du parcours, je me suis aperçue que je n’aimais pas ça. Le plus amer fut cette ambiance désastreuse et destructrice de l’entre-filles, qui me rendit misogyne de 15 à 25 ans, âge où je rencontrai Camille qui me guérit de ma maladie. Ça la fait rire, Camille, quand je lui dis que c’est grâce à elle que j’aime bien les filles maintenant et que j’ai des copines. Eternelle reconnaissance et au passage, je lui ai volé son prénom, à la douce Camille.

J’entretiens donc ma légende. Pour l’instant, ça tient à peu près. J’espère juste que mes enfants ne vont pas ressortir les vieux dossiers.

A la fin du dossier de l’enseignement du 1er degré, l’enseignante a gravé dans le marbre : « un peu secrète »…