Objet 9

Barbie modèle « Kiss ». Un pressoir dans le dos donne l’illusion que ses lèvres avancent en un subtil baiser. Hauteur : 30 cm. Vêtue d’une tenue de cavalière, bottes et bombe noires + manteau à carreaux jaunes bordé de fausse fourrure jaune également. Cheveux fatigués, peau luisante sur le visage.

Ma Barbie n’a jamais eu de prénom.

Ma Barbie est née avec une robe de bal rose et bouquet de fleurs et a terminé sa carrière en tenue d’équitation.

Ma Barbie a eu un cheval (couleur de robe : isabelle)

Ma Barbie n’a jamais flamboyé dans une décapotable ou un camping car.

Ma Barbie a eu une valise rose à motifs cocottes en papier contenant sa garde-robe. C ‘est ça quand on n’a pas de maison, on se promène avec ses petites affaires.

Ma Barbie est vaguement sortie avec quelques Big Jim en tenue militaire, des types mal dégrossis qui ne savaient pas faire grand chose de leurs mains.

Ma Barbie n’a connu qu’un seul Ken, déjà maqué avec la Barbie bombasse de mon voisin Yann.

Ma Barbie a eu un châle rose en mohair, franchement dissymétrique, tricoté par Bibi. Le tricot c’est dur.

Le reste de la garde-robe de ma Barbie était également confectionné par mes petites mains inexpertes. Avant-garde et original. Loin des standards attendus. WTF comme on dit aujourd’hui.

Ma Barbie n’est pas comme cette poupée enfermée dans sa maison-packaging dans le placard. Mint in box. Longtemps regardée, souvent convoitée, cette poupée interdite ne doit être touchée qu’avec les yeux. Un jour, ma mère leva l’interdit. Cette poupée, mon parrain devait me l’offrir, il n’en eut pas le temps, il se noya entre-temps. J’ai peu joué avec cette poupée glaçante. Trop précieuse, trop délicate, sous contrat, sous caméra. On ne pouvait rien en faire, une vraie poupée de porcelaine.

Ma Barbie était bien vivante, elle. Elle connut des amours et des ruptures, des chutes de cheval et des accidents de voiture, des essayages de robes foireux. Ma Barbie était à mon image.