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journal intime universel

Camille Becquet

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dessiner

Le dessin comme arme de séduction massive

Autre spécimen au potentiel érotique proche de la légumineuse : le collectionneur de bédé. Point d’atermoiement égomaniaque chez celui-là, seulement le désir de ranger ses petits volumes, de préférence dédicacés, sur ses petites étagères bien alignées. Encore et encore. Curieusement, ils ne sont pas toujours célibataires. Un jour, un couple de ces névrosés me confie qu’ils ont préféré ne pas se reproduire pour pouvoir laisser libre cours à leur passion. Au secours !

Le dessin comme arme de séduction massive

Ma copine C. affirme avec aplomb que tous les dessinateurs de bande dessinée sont laids. Je ne peux pas lui donner complètement tort. Le dessinateur de bd a un potentiel sexy proche du poireau. Qu’ils sont ennuyeux avec leur petite gogomme, leur porte-mine 0,5, leurs bics, leurs rotrings, leur science-fiction, leur obsession pour les jeunes nageuses en piscine, leur mise en abyme de leur alter-ego rongé d’amertume.

Leur vie en petites cases.

Le dessin comme arme de séduction massive

Me croyez-vous si je vous dis que bien des années plus tard, Olivier a recroisé sur un salon l’éditrice en question qui a depuis belle lurette envoyé son livre au pilon ?Mais elle songe à une réédition, et pourquoi pas avec mes dessins maintenant que j’ai fait mes preuves ! Je regrette de ne pas avoir de couilles, je serais allée pisser sur son stand.

Le dessin comme arme de séduction massive

On y croyait dur comme fer avec Olivier. On y avait mis toutes nos tripes dans ce projet jeunesse, lui en parlant de Blaise Cendrars aux têtes blondes, moi en illustrant son texte de mes plus belles couleurs. On était fier ! Les mois passent, aucune nouvelle des éditeurs à qui nous avons envoyé notre merveilleux projet. Les mois se transforment en année, Olivier déménage, on passe à autre chose, on pense à autre chose. Puis le téléphone sonne à mon domicile, une éditrice à l’autre bout du fil m’annonce qu’elle a lu le manuscrit et l’a beaucoup aimé. Mon cœur bondit, la tête me tourne, c’est inespéré. Par contre, Olivier ayant déménagé et changé de numéro, elle n’a pas pu le contacter directement et sa demande transite par moi car en fait…euh… comment dire… on est juste intéressé par le texte.

Le dessin comme arme de séduction massive

L’un ne va pas sans l’autre. Il peut bien effectivement être d’une beauté renversante avec ses charmants yeux bleus qu’il plonge sans scrupules dans les miens, il peut bien caresser ma robe pour en flatter les volants de tulle, il peut bien me dire qu’il m’admire, toute la magie de sa personne disparaît aussitôt qu’il me montre son livre. L’un ne va pas sans l’autre. Je sais, c’est pitoyable mais je ne peux pas tomber amoureuse d’un garçon qui dessine comme une patate.

Le dessin comme arme de séduction massive

Ce type-là, il m’a renversée dès la première fois que j’ai vu ses dessins. Il m’a scotchée, dévastée, bouleversée. Je guette l’apparition de son grand œuvre tous les mois dans mon magazine et s’il n’y est pas, je le jette direct à la poubelle. Je prononce son nom en le dégustant, tout le monde à mon travail sait que je suis amoureuse. Un jour, je l’aperçois à la Fnac, j’abandonne aussitôt mon interlocuteur meurtri pour le retrouver au rayon jazz, je connais ses goûts. Un autre jour, on me le présente et je n’arrive pas à articuler deux mots.

Hier, j’ai lu son dernier ouvrage. Que s’est-il passé ?

Le dessin comme arme de séduction massive

Au cours d’une soirée, je discute avec cette chouette fille. Je dois lui glisser à un moment que je dessine. Je ne le sais pas, mais rentrée chez elle, un appartement qu’elle partage avec son frère et son meilleur ami, elle leur raconte cette rencontre.

« C’est Camille ? » lui demandent-ils.

Apparemment, je suis la seule fille qui dessine.

Le dessin comme arme de séduction massive

Horacio était Uruguayen. Lorsqu’on était enfant en Uruguay, on n’avait accès à rien. Il avait commandé des albums de Gaston et pour se faire, avait dû écrire une lettre de motivation au gouvernement afin que son colis ne soit pas confisqué. Les albums de Gaston sont arrivés cinq ans plus tard. A ce moment là, il les avait complètement oubliés et était passé à autre chose. Horacio était devenu du coup du genre à ne pas se contenter de ce qu’il avait, il partait toujours à la recherche d’inédit et d’inaccessible. Il était parfois difficile à suivre mais incontestablement au-dessus de la mêlée.

Le dessin comme arme de séduction massive

Il faut être honnête, la plupart d’entre nous était en devenir. C’était prometteur, comme on dit. Cela ne valait pas tripette pour autant.C’est étrange de voir qu’aujourd’hui, celui qui a fait sa place en bande dessinée, c’est Denis, le moins talentueux d’entre nous. Ce que Denis avait de plus que nous, incontestablement, c’est un ego démesuré et une ambition à rayer le parquet. Là-dessus, il n’avait de leçon à recevoir de personne. Il nous a tous abandonnés lors du festival de Blois pour dîner avec l’équipe d’un grand éditeur où il avait réussi à s’incruster, parce que « sa place, c’était plutôt avec eux ». Un maître, je vous dit. Cela eut au moins le mérite de nous faire rire à ses dépens pendant la soirée. Peut-être ai-je encore la K7 où il répétait son patronyme en boucle pendant deux minutes.

Dans toute l’équipe, il y avait cependant un type au talent insolent. Lui, ses incertitudes étaient à la mesure de l’ambition de Denis. La nature n’est pas toujours bien faite, le seul garçon avec du génie n’en était pas conscient. Quoi qu’il dessinât, c’était avec brio et facilité. Il ne se contentait jamais de répéter de vieilles recettes, il se renouvelait sans cesse, toujours en quête de nouveauté. Lorsqu’on lui disait qu’on avait adoré ses planches, il répondait « Ah bon ? Comme c’est gentil ! » Ca m’a fait penser à Blutch « Qui c’est ? » Il était comme ça Horacio, presque vierge d’influences et pourtant bourré de talent, ouvert à la nouveauté. C’est peu dire si j’avais le béguin pour lui. Le seul garçon capable d’aller vomir parce que la fumée de cigarettes l’avait incommodé. Un garçon sensible. Oui, bon, sensible, je n’ai pas tout de suite compris….

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