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journal intime universel

Camille Becquet

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Paname

Dans le film « Le dieu éléphant » de Satyajit Ray que je suis allée voir avec Nadia, il manque cruellement d’éléphants. Mon personnage préféré, c’est le culturiste (bodybuilder en hindi)… 44 centimètres de tour de biceps, c’est vérifié-tâté dans le film. Je l’aime particulièrement car il ne sert à rien. Pas un moment il ne servira l’intrigue. Du muscle gratuit.

Dans « La bonne année » de Claude Lelouch que j’ai visionné le soir, par contre tout sert, y compris les scènes de divagation où l’on se donne le beau rôle alors que la réalité est moins reluisante. Une très belle réplique se cache dans le personnage bourru interprété par Lino :

« C’est quoi pour vous, une femme ?

-Une femme ? C’est un homme qui pleure de temps en temps. »

En sortant de la séance, Nadia me faisait remarquer qu’il nous avait fallu du temps pour apprécier la saveur d’un café sans sucre, d’un thé vert ou d’une olive noire. Que leur acceptation était la nôtre dans le monde des adultes.

Finalement, être un homme ou une femme, un grand ou un petit, tout ne serait qu’une question d’appréciation de l’amertume de la vie.

La classe quand c’est mal parti

Dans « Lili aime-moi », Patrick Deweare entreprend de draguer Miou-Miou et sa copine assises dans un bar, à base de « vous êtes bien jolies mesdemoiselles ». Il se fait vite remettre à sa place, et même copieusement invectiver par la blonde qui l’achève d’un « dégage, face de cul face de con ! ». Dans la vraie vie, cette jeune femme aurait reçu insulte dix fois supérieure à la sienne, voire probablement été frappée. Patrick lui, se relève, interloqué, sonné, se contente d’un « mais qu’est-ce que c’est que cet établissement ?! »

Tout au bout du chemin

J’aimerais, en toute circonstances, et ce pour que la vie soit facile, pouvoir répondre à tous les fâcheux, cette réplique du personnage de Hayasaki dans Doppelgänger de Kurosawa :

« Désolé, je n’ai plus besoin d’argent. »

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Il travaille dans la bd mais ne me parle que cinéma. Il aime Rohmer, Bergman, « Nouvelle Vague », « Les contes de la lune vague après la pluie ». Il écrit un moyen métrage. Il me tire une fois les tarots, il croit au Yi-Qing. J’admire son clap de réalisateur sur lequel est écrit « La grande vadrouille ». Il me le propose avec un tel détachement que je soupçonne aussitôt que ce soit un faux. Je décline son offre, je crains bêtement que ce soit un cadeau intéressé. Alors que depuis toutes ces années, il ne m’a jamais fait du pied. Contrairement à toutes mes copines, qu’il a systématiquement draguées.

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A chaque fois que survient la scène du baiser, un silence s’installe dans le canapé familial. Ma mère le brise toujours : « Je crois bien qu’il essaie de lui piquer son chewing-gum. »

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Il devait avoir douze ou treize ans, il venait de voir ce film où elle tenait le premier rôle, elle avait son âge. Il en était tombé instantanément amoureux.

Il avait lu le nom du scénariste sur l’affiche, il lui avait écrit. Probablement étonné de recevoir un courrier d’un si jeune spectateur, celui-ci l’avait invité à le rencontrer. Il y est allé. Dans son appartement parisien, la jeune actrice était présente, avec sa mère et une réalisatrice célèbre. Il n’a pas osé lui parler. Son hôte, par contre, lui dit plus tard qu’il avait tapé dans l’oeil de la cinéaste, elle songeait à lui pour le premier rôle de son prochain film, avec celle qu’il aimait aussi.

La maman de la jeune actrice le convia même à son récital à l’Olympia. En plein concert, elle descendit de scène et passa parmi le public tout en continuant sa chanson. Elle l’aperçut, vint jusqu’à lui et le serra dans ses bras.

Malheureusement, le film, son film à lui ne se fit que dans sa tête. La cinéaste confia le rôle titre à son fils et il n’obtint qu’une prestation de figurant. C’est lui, l’ado qui boude dans son coin pendant la fête. On voit dans le film même, toute sa déception et son amertume, brièvement.

Dans la voiture de la réalisatrice qui le raccompagnait à la gare, il ne décrocha pas un mot en l’écoutant lui dire que depuis le début, elle avait écrit le scénario pour son fils mais elle ne le savait pas. Ce fils, à ses côtés, ne savourait même pas sa chance, ne parlant que de jeux vidéo, il le trouva gâté,  pourri, capricieux, illégitime.

Kinorama

La gueule de mon Robby en Lego ! Faut vraiment avoir huit ans pour se satisfaire d’une ressemblance aussi approximative. Et même, si je suis vraiment honnête avec moi-même, il n’a rien à voir avec l’original. Peu importe, je refais l’aventure du film d’hier soir avec ma cousine qui ne l’a pas vu, alors autant dire que ma construction maladroite fait bien l’affaire, ce n’est pas elle qui va faire une réflexion. D’autant qu’elle s’en fout un peu de mon enthousiasme cinéphile et de ma planète interdite, elle veut bien jouer aux robots et à la guerre galactique, du moment que je lui explique comment on peut construire une machine capable de répliquer toutes les robes que tu as en tête en un clic.

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