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journal intime universel

Camille Becquet

Catégorie

manger

Manger

Vegan

Melissa dit qu’elle est vegan, c’est plus simple. Sinon c’est trop compliqué. Moi-même je n’y comprends rien. Elle est la plus experte de toute la tablée en poissons qui nous sont servis, la seule d’entre nous à avoir testé le restaurant d’insectes du 18ème arrondissement, vous explique comment consommer les pattes des poulets et s’extasie au souvenir de la pizza au kangourou fumé.

Manger

Cantine 3

Même si des brocs remplis d’eau sont à disposition sur les tables de la cantine, mes enfants vont systématiquement la jeter et la renouveler. Une rumeur court que certains cracheraient dans les carafes. La difficulté consiste cependant à abandonner son dessert à la convoitise des chacals pour ce faire. Mes enfants prennent soin de lécher ledit dessert aux yeux de tous avant l’opération.

Manger

Prémonitoire 2

Melissa vient de déguster des grillons grillés. Elle évoque la pistache. Simon confie qu’il a une fois cédé à la tentation d’acheter des vers blancs à la sortie du métro lorsqu’il vivait à Chateau-Rouge. Quand on lui demande s’ils étaient morts ou vivants, il sétonne. Quand on achète de la viande de vache, c’est pareil, c’est mort. Oui, oké, mais la chaîne du froid ? Pas de problème, ils étaient dans un plastique.

Manger

Prémonitoire

Aussitôt levée, je raconte mon rêve à Maïssa. Je lui textote ses méfaits nocturnes : “Dis donc, lui dis-je, t’étais pas bien dans ta tête de nous faire manger des insectes ?!”.

Maïssa répond que j’ai eu raison de protester, elle a goûté une fois des asticots, c’était immonde.

Le lendemain j’ai rêvé que j’étais dans la peau de Jean-Hughes Anglade. Le moment le plus embarrassant fut la projection de 37,2° le matin devant une classe de CP. J’ai laissé Maïssa tranquille sur ce coup-là.

Manger à Paris

Panda Style – 71 rue Léon Frot 75011 Paris

Je suis passée de nombreuses fois devant l’enseigne sans jamais prendre le temps d’étudier son cas. C’est mon petit comptable qui la remarque à chaque fois que nous la croisons sur le chemin de l’orthodontiste, son nom est plus qu’attirant : Panda Style. Soit une nourriture de panda, stylée qui plus est. C’est prometteur. On n’a pas les mêmes critères de sélection quand on a onze ans. Mon ami Vincent l’appelle Pandi Panda.

J’avoue j’ai fait la fine bouche et il suffit que Vincent me recommande l’adresse pour qu’aussitôt je veuille à tout prix y manger. Vincent m’a mise en garde, la personne qui tient le restaurant est étudiante donc ce n’est pas toujours ouvert (et accessoirement, elle oublie les commandes de la veille). Nous avons de la chance ce vendredi, lorsque nous entrons dans l’échoppe – il ne règne que quatre tables à tout casser – seules deux personnes hésitent à passer commande devant nous. Ce que Vincent a oublié de préciser par contre, c’est que le chef cuistot/serveuse n’est pas des plus aimables, mais comme mes deux adresses bellevilloises préférées de raviolis sont bâties sur le même modèle de convivialité, nous n’en faisons pas cas.

En attendant nos plats, nous sommes obligés d’écouter la conversation des deux autres clients tant l’un d’eux parle fort. Je n’ai pas l’impression qu’il s’en rende compte, à moins qu’il fasse l’intéressant. Il semble faire une formation en accéléré à son interlocuteur, un pauvre garçon qui ressemble à Kad Merad, de son appli Tinder. J’apprends qu’il s’appelle Yann (Yannos pour les intimes) et ça lui va bien. Il a tant d’amis mais il se mélange toujours entre Fred, Greg et Ben, Delphine et Tiphaine (qui a grossi). Trop de plans électro qui défoncent sans doute. Son dernier match Tinder n’a abouti à rien et c’est vrai, on a envie de se lever de table pour aller lui dire :

Yannos, c’est normal, t’es pas un appolon non plus, tu parles trop fort, tu racontes que du caca, tes baskets jaunes sont immondes et le chignon pour garçon, c’est pas possible.”

Mais à ce moment, la serveuse abat un bol énorme sur la table et dit : “Soupe !”

C’était très bon mais je garde quand même une légère préférence pour mes cantines à raviolis de Belleville. Bien évidemment, il n’y a pas de toilettes non plus.

Quand je suis sortie, Yannos confiait à Kad Merad : “J’aime bien le charme d’une vraie rencontre” tout en se plaignant qu’avec le printemps, il y avait trop de ptits culs partout. Nous avons laissé le poète deviser.

Manger à Paris

Dim Sum – 15 rue Manuel 75009 Paris

Nous avons vu Manuel en concert confidentiel dans une boutique de la très tendance rue Trudaine et nous cherchons un endroit où nous restaurer, il est déjà question d’un petit bar à raviolis dans le coin. Nadia se souvient que le quartier n’était pas si branché à l’heure où elle fréquentait le lycée Lamartine. Juste avant de trouver le fameux bar, nous croisons la rue Manuel. Et si on conviait plutôt Manuel rue Manuel où justement une cantine à raviolis à la devanture plus rouge que celui de la Chine communiste nous fait de l’oeil ?

On commande les menus vapeurs, où Shanghai se mêle à Hong-Kong, où on peut aussi manger du coin-coin. Y en a même qui se laissent tenter par la sélection du chef dont on ignore la nationalité puisque nous ne le verrons jamais. Il n’est pas venu s’enquérir de notre satisfaction comme le chef de chez Sara qui avait discuté architecture avec mon ami Stéphane avec qui je déjeunais.

Le personnel est aimable et dévoué. Les paniers arrivent, c’est joli, mon Shanghai ressemble à de petites bourses à la teinte vert d’eau qui sied bien à la châtaigne du même élément qu’il contient. Nadia s’aperçoit que c’est la première fois qu’elle mange avec le comptable, il a droit de faire un voeu. Flûte, rien pour moi, j’ai déjà fait mon baptême culinaire avec les deux.

Ma fille et son père portent tous deux des bracelets qui leur permettent d’espérer qu’à l’heure où ceux-ci se déferont par usure, ils pourront eux aussi être exaucés dans les souhaits qu’ils ont dû formuler en cachette, attendant le moment propice à leur réalisation. L’adolescente les a consciencieusement défaits un à un juste avant son opération puis les a renoués plus tard, ne pouvant d’un coup de ciseaux se résoudre à abandonner tous ses voeux aussi cliniquement. Ils sont repartis pour un tour, l’hôpital Trousseau ne les a pas annulés. Son père porte souvent ceux en plastique des festivals, je me demande bien si ceux-là se décideront un jour à tomber, il faut compter sur une défaillance de l’attache sans quoi ils continueront certainement à me griffer, gommant toujours la tendresse d’un geste.

Je n’ai pas besoin de bracelets ou d’occasions pour faire des voeux, je ne me gêne pas pour les formuler toute seule. Un jour j’ai adopté la méthode que j’appelle Miranda July. Il suffit de faire son souhait, de serrer le cul très fort et de penser “Vatefairefoutrevatefairefoutrevatefairefoutre”. Il s’est passé exactement ce que j’avais espéré, les mauvais esprits se sont évanouis. Comme quoi, c’est pas compliqué.

Heureusement, le duo marin arrive en retard avec sa délicieuse forme de fortune cookie fumant. Chic alors, j’estime dès lors que j’ai droit à un voeu.

L’endroit est cependant dépourvu de toilettes, alors comme on dit, il vaut mieux prendre ses précautions avant, à la suédoise.

Manger dans le noir en festival indus

On se demandait lequel de nos amis nous avait parlé d’un restaurant où l’on mange délibérément dans le noir. On n’en est pas loin, là. Devine ce qu’il y a dans ta crêpe vegan friendly ? Et de s’étonner de n’avoir pas eu à faire la queue pour acheter un ticket puis encore faire la queue derrière les dizaines de Parisiens pour obtenir son manger. On est vraiment trop nombreux à Paris. J’y suis bien moi, vous ne voulez pas partir, les autres ?

Manger en Suède

Sommerdag – Kärrtorpv. 34 Johanneshov21 35 – Bagarmossen

On l’a tout de suite repéré en arrivant à Bagarmossen, notre maison du week-end. Tout petit comme on les aime, signe avant-coureur de cuisine familiale. Surtout, c’est marqué Dumpling sur la vitrine, on va enfin pouvoir comparer avec l’adresse ancestrale de Södermalm. On ne s’est pas trompé, le monsieur officie en salle et en cuisine, on aura bien faim quand les plats arriveront. Le comptable a commandé le bento, le monsieur s’étonne. S’il parlait anglais, on lui dirait bien que tout petit qu’il soit, le comptable s’enfile des bentos tous les mercredis midi et qu’il n’a jamais faibli devant la taille du bazar. Après avoir essayé une deuxième fois de le dissuader, le monsieur s’échappe en riant dans ses cuisines.

C’est avec un sourire égal qu’il voit l’un d’entre nous tenter de s’échapper pour aller acheter des Tupperware. Il nous propose avant même l’échappée ses propres boîtes derrière son comptoir. Pas besoin de se parler, on se comprend d’avance. Il est peut-être même assez content de sa blague. Je me demande s’il n’est pas encore en train de rire.

On a dégusté sa délicieuse cuisine pendant deux jours, les raviolis étant trois fois plus gros que ceux de Södermalm.

Sur le chemin du retour, le comptable a demandé à ce qu’on ne marche pas trop vite, tout lesté qu’il était.

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