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journal intime universel

Camille Becquet

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hopital

Mal branlés

Gattaca n’est plus un jeu de piste mais un jeu vidéo. Pour affronter le boss final, il faut monter les niveaux. Elle espère bientôt monter au trois, où l’on gagne la chambre individuelle, la fin des tuyaux et de TF1 surtout.

Adolescente

On nous propose de rester dormir aux côtés de l’ado. Par contre, pas de lit, juste un fauteuil. On joue les mauvais parents, il faut d’un coup qu’on aille urgemment s’occuper de son frère. Au matin, elle ne manque pas de nous faire remarquer que le père de l’autre fille opérée a dormi dans le fauteuil.

Gattaca

Mal branlés

Juste avant Gattaca se déclare mon rhume des foins. Les piafs ne se sont pas remis à chanter pour autant la nuit, mais je viens de lire que nous avons perdu quatre millions d’oiseaux en trente ans, les miens n’ont pas dû passer l’hiver. J’évite de penser à ceux que ramène le chat, je me sens écologiquement coupable. Je pars tous les matins pour Gattaca, en pleurs sur mon vélo parce que les arbres me tirent des larmes. Et j’essaie de faire croire à l’adolescente que c’est l’émotion. Ou bien je me cache derrière ces larmes de foin pour dissimuler les autres.

Mal branlés

Prénoms

L’infirmière du matin qui l’appelle ma belle s’appelle elle-même Kelly. Avec son père, on se demande quelle série sa mère a pu regarder pour la prénommer ainsi. J’opte pour “Drôles de dames”. Kelly Garrett, c’était la plus jolie. Il dit non, c’était Sabrina la mieux. On cherche pendant un quart d’heure le prénom de la blonde qui finit par me revenir. Jill. Il dit c’est moche. Je ne trouve pas. Ça ressemble à un prénom masculin. Sa compagne de chambrée qui semble dormir si paisiblement s’appelle Florence-Aurore. Le service de surveillance continue est le même que celui des grands brûlés. On vient lui installer sa pompe à morphine.

Mal branlés

La petite fille est de mauvaise humeur. Lorsque l’infirmière passe devant elle, elle lui lâche :” Toi t’es moche !”. L’infirmière revient une minute plus tard et l’informe : “C’est moi qui vais te faire passer la radio.” C’est elle qu’on entend s’époumoner depuis un quart d’heure. L’insolence a son prix.

Mal branlés

Au bout de combien de minutes de hurlements assourdissants cesse-t-on d’imposer un examen médical à un enfant ?

Mal branlés

Cette course sans fin dans le labyrinthe des couloirs interminables, à la recherche des ordonnances manquantes, où l’on doit faire preuve d’ingéniosité pour s’adresser à la bonne personne qui vous délivrera les laissez-passer : ne serait-ce pas une course au trésor ? Dont le jackpot serait un dos tout droit.

Mal branlés

La salle d’attente est terrible, impitoyable. Difficile ici de ne pas jouer les comparaisons. On ne peut s’empêcher de penser que si nos enfants sont mal branlés, au moins ils fonctionnent. Combien ici semblent absents, des coquilles d’enfants vides à l’intérieur, petites machines secouées de spasmes nerveux et de cris répétitifs qui tournent en rond. Un enfant de traviole ou un enfant vide ? Que vaut-il mieux, l’ado boudeuse qui parle mal à sa mère devant moi ou celui qui se balance frénétiquement mais suit docilement celle qui l’appelle ? La petite fille qui hurle toutes les cinq minutes ou celle qui refuse de s’asseoir sur une chaise ? Les heures de retard semblent interminables…

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