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journal intime universel

Camille Becquet

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Viviane et moi

Viviane et moi

Je n’ai pas trouvé de clichés de Vivian Maier sur un vide-grenier mais de Viviane tout court. Mon amoureux trie des photos à mes côtés lorsqu’il me tend un lot de clichés : “Tiens, ça va te plaire, c’est un peu la version féminine d’Olivier.” Même scénario que pour Olivier, j’ai du mal à trier, je veux tout et j’abandonne à Marcel une somme un peu trop ronde pour l’usage que j’en aurais, mais j’ai décidé sitôt que je l’ai vue que Viviane serait, à l’instar d’Olivier, ma grande sœur. Je n’ai pas de photographie de ma vraie sœur, et pour cause, elle est morte à la maternité. Viviane a la charge de la remplacer. Je suis heureuse d’avoir ces souvenirs où la farceuse Viviane fait ce geste inimitable de la petite fille drôle qu’elle était.

Viviane est devenue une jolie adolescente. Je n’ai pas de clichés d’elle adulte. Peut-être étaient-ils dans la caisse du vendeur, je ne l’ai pas reconnue. Mon histoire avec Viviane s’arrête avec ses douze ans.

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Les biches

Il aimait que cette fille lui raconte ses malheurs, son enfance difficile, ses souvenirs douloureux. Il aimait qu’elle pleure sur son épaule, qu’elle épanche son chagrin dans son oreille et qu’il la console dans ses bras chauds et rassurants. Puis il trouva ses plaintes envahissantes et surjouées, se lassa de ses pleurs, la considéra comme ordinaire après tout, oublia de lui écrire, ne répondit plus à ses messages.

Vint une autre fille blessée. Elle avait des cicatrices inédites. Ils correspondirent, il la trouva attendrissante, fragile, perdue, il eut à nouveau envie de jouer au confident. Elle pleura, il consola.

Puis, quand il eut mordu à l’hameçon, ferré, elle lui cracha au visage et devant son air stupéfait, elle lui dit : “De la part de ma soeur.”

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Croisière

Liz avait l’habitude de croiser Alfred tous les matins à la même heure. A 7h36, juste avant de se rendre tous deux à leur travail, ils se rencontraient dans le haut de la rue du Général de Lattre puis cheminaient ensemble, souriants. Ils s’arrêtaient brièvement devant la boutique du brocanteur, ils commentaient les articles de la vitrine et tout devenait prétexte à effleurer l’épaule de l’autre. Liz se penchait légèrement en riant et respirant son eau de toilette, désignant cet affreux voilier tout en dorures kitsch aux dimensions gigantesques. “Qui pourrait bien avoir envie d’acheter cette horreur ?” plaisanta-t-elle.

Alfred offrit le voilier à Liz pour son anniversaire, bravant le ridicule de son cadeau devant le regard outragé des convives.

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Insomnie

Elle a pensé à elle toute la matinée, puis le soir encore. Pour tout avouer, elle y a pensé toute la journée. Pas une seconde ne s’écoule sans que son visage, sa voix, ses gestes ne l’obsèdent. Elle se dit que les rêves de sa bien-aimée doivent être roses, peut-être ses cauchemars sont noirs. Quant à elle, ses nuits sont blanches.

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Cow-boy des plaines

C’était un mariage moderne. Du genre où les mariés tergiversent des semaines avant l’événement pour prendre une décision cruciale : faut-il inviter les parents divorcés de chacune des parties, sachant que les protagonistes ne se parlent plus depuis vingt ans ? Pour finir, tout le monde fut invité, advienne que pourra, basta et hasta la vista ! Curieusement, la baston se déclara là où on ne l’attendait pas, le marié ficha son poing dans le menton du malotru qui roulait une pelle à sa femme derrière la futaie. Ce pendant, la mère de cette mariée se demandait qui pouvait être cet invité excentrique qui ressemblait à un cow-boy cocasse descendu de ses plaines provinciales. A l’instant où elle se pencha vers lui pour lui demander : “Et vous êtes ?…”, sa voix se tut d’étonnement. Dans son regard, on pouvait lire qu’elle venait de reconnaître l’homme qui avait partagé sa vie, il y a un siècle, et avec qui elle avait eu cette fille.

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Sourire

Si sa mère ne les lui avaient pas collées d’office sous prétexte qu’elles étaient parfaites pour la prise de vue, on aurait pu lui arracher un sourire. Tout lui convenait pourtant, le cheval de bois, la main protectrice de son frère, la température douce de ce début d’automne. Même la blouse était tolérable. Mais bon sang, pourquoi donc ces détestables petites chaussures blanches ?!

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